Tel un brave
Au matin
Qui se rêve
Se relève
Et qui s'encourage
Qui ne craint pas la pluie
Ni les orages
Ni les soirs de néant
Où tout s'efface là-dedans...
Qui s'en va toujours seul, indifférent
Sans chapeau, sans couteau, sans cravache, sans gants
Sans craindre d'aucun chien l'amicale menace
D'aucun trouble baiser la morsure tenace
Qui va toujours où le vent dit
Sans faire l'aumône d'un regard à ce qu'on lit
Sur les panneaux plantés à la croix des chemins
Que suivent et par lesquels s'égarent sans fin
Des caravanes de nefs pilotées par des fous
Aux flancs desquelles s'agglutinent aux heures de pointe
Et se lamentent sans faire de bruit
Mille pauvres cœurs introvertis
Tandis que seul
Tel un brave au matin
Qui n'a plus de chagrins, plus de peurs
Ni quant au jour, ni quant à l'heure...
Et qui s'en va...
Qui s'en va...
S'en va...
Va...
Va
J'irai encore
Trempé demain, qui sait
Mordu, perdu, désespéré
Fracasser les panneaux
Tête de fou, mort debout
Visser ma proue tenace
Au front des méduses
Qui passent...
Oui...
Mais...
Tel un brave
Au matin
Je me rêve
Me relève
Et je m'encourage
*

